Classer les espaces

Au démarrage de ce site nous disposions déjà d’environ 400 espaces, collectés par huit contributeurs depuis quatre ans. Les publier en vrac aurait été condamner le spationaute à une rapide indigestion, malgré le plaisir initial de musarder au hasard. Classer est donc une nécessité, mais suppose de se frotter à l’épineuse question de la nomenclature, car depuis l’encyclopédie chinoise de Jorge-Luis Borges ou le Penser/Classer de George Pérec nous savons tous qu’il y a autant de façon de classer les espaces que de grains de sable: par date de prise de vue, par lieu, par auteur de la découverte, selon la nature du locuteur (administration, commerce, etc), par couleur, etc, etc.

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Après réflexion, débats et anathèmes, il nous a semblé que le plus utile des classifications était celle qui prend l’espace au pied de la lettre, c’est-à-dire en regardant la nature grammaticale du deuxième membre de l’expression. On parvient alors ainsi à huit catégories:

Les trois premières catégories regroupent des espaces nom propre :

1 Noms de personnes :

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2 Noms de lieux :

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3 Noms de marques : Afflelou, Christofle, Motorola…

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Une marque est le plus souvent un nom d’entreprise, mais peut aussi être un nom de produit: ainsi les délires lexicaux et autres agressions grammaticales dont la SNCF est coutumière nous valent des « Oura », « Thalys », TGV qui ne tardent pas à réclamer – et obtenir- leur espace.

Après les noms propres viennent évidemment les espaces nom commun :

Les deux premières sous-catégories regroupent des espaces performatifs, qui renvoient à une action ou à son résultat :

4 : espaces action : coiffure, épilation, nutrition…

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5 : espaces promesse de résultat : beauté, minceur, propreté…

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Viennent ensuite les espaces « choses »

6 : espaces choses : vaisselle, DVD, montres…

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Viennent ensuite, après les noms propres et communs, les êtres vivants :

7 : espaces catégories de personnes : routiers, bébés, personnages âgées, cadres…

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Enfin la huitième catégorie est celle des espaces adjectif : culturel, contemporain, historique…

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C’est dans cette huitième catégorie que se place le premier de tous les espaces, longtemps le seul : l’espace vert (Le Corbusier, Charte d’Athènes, voir les origines dans l’onglet en haut du site).

Cette classification repose sur la nature objective du second terme et non sur le sens présumé de l’expression. Ainsi certains espaces adjectif sont en fait performatifs, comme « espace culturel » qui est censé donner accès à la culture. Parfois des espaces de marque sont des espaces de choses, comme l’espace Motorola qui ne vend que des téléphones portables. Il est tentant de faire une catégorie à part, dans les noms communs, pour les espaces redondants comme « espace accueil » ou encore « espace vente », mais on préférera ici faire l’idiot et s’accrocher à l’idée de ne prendre l’expression qu’au pied de la lettre.

Comme dans toute bonne nomenclature, il faut ajouter une catégorie « divers » qui regroupera le reste, soit par exemple des occurences très rares comme les espaces verbe (nous n’en connaissons qu’un l’espace entreprendre à la chambre de commerce de Paris), soit les espaces tout court (ETC), plus fréquents, soit des bizarreries (un espace C.C. à Perpignan) irréductibles.

Mais bien entendu d’autres approches sont possibles, dont au moins deux sont tentantes :

– La classification selon la nature du locuteur, de celui qui étiquette ainsi l’espace :

o Commerces et entreprises : le mot espace a gagné ses lettres de noblesse dans les services de marketing, tant bien entendu pour les marques (cf plus haut) que pour désigner des rayons (espace photo à la Fnac par exemple) ou des services (espace adhésion à la Fnac).

o Services publics : les mairies, la Poste, la RATP, l’ANPE, la SNCF sont de grands producteurs d’espaces. Le mot fait partie du vocabulaire administratif contemporain.

o Services culturels et éducatifs: salles de spectacle en premier lieu (Espace Cardin), mais aussi monuments historiques, galeries d’art, écoles. Le mot espace, bien que très utilisé dans le commerce et la bureaucratie ne souffre pas de ces connotations et conserve une ambition de bon aloi pour l’accès aux œuvres de l’esprit.

– Une troisième classification pourrait enfin s’avérer utile, celle qui classe les espaces sur un axe qui va du descriptif au superlatif. A la première extrémité on trouvera les nombreux espaces redondants signalés plus haut (espaces accueil, vente, clients, congrès…) et la grande majorité des noms de marques ou de choses. A l’autre extrémité on trouve surtout les espaces performatifs, en particulier de résultat. Parfois le superlatif confine au sublime (Espace Klorofil pour désigner un magasin vendant des tondeuses à gazon)

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